Pourquoi je ne fais pas d’expositions avec mes korat ?

A mes débuts dans l’élevage il y a plus de 10 ans de cela, j’ai eu envie de découvrir les expositions félines. J’ai commencé près de chez moi, une présentation au public sans aucun concours ni diplôme à la clé. C’était avec Chalerwan, ma première korat. 

korat paw

des conditions qui font mal au coeur

2 jours dans 60 cm x 60 cm

A l’époque les clubs prêtaient de minuscules cages à barreaux métalliques pour entreposer les chats. Les mêmes que l’ont trouve dans les refuges et laboratoires qui effectuent des tests sur les animaux (on a tous vu un documentaire à ce sujet qui nous a fait monter les larmes au yeux).

Aujourd’hui, chaque participant doit amener sa propre cage, et pour le GRAND bonheur des chats, la plupart des éleveurs a investi dans des caisses en tissu moins étroites . Imaginez ces pauvres bêtes enfermées tout un week-end dans un cube de 60 cm de côté, à tourner en rond. Une litière n’y tenait même pas. Je me souviens de certains exposants qui amenaient à la place un tupperware sur lequel leur chat se posait péniblement en équilibre car bien trop petit pour faire ses besoins correctement… 

A peine la place de mettre une gamelle d’eau et de croquettes. De toutes façons les chats étaient tellement stressés qu’ils ne se nourrissaient pas. Heureusement personne n’oubliait le dodo moelleux de Mistigri, qu’il grattait pour le retourner et se cacher de la populace.

bouillon de culture

Malgré les contrôles sanitaires à l’entrée, il n’est pas rare de voir des chats aux yeux larmoyants. Des pathologies peuvent ne pas être détectées si le chat est en début de contagion, ou porteur sain. D’ailleurs 2 semaines après ma première exposition j’ai découvert sur la tête de Chalerwan une tonsure de la taille d’un petit pois, sans blessure. Heureusement j’ai eu la bonne idée de poser une question « bête » à mon vétérinaire qui lui a fait le test à la lampe de Wood qui a bien détecté la teigne – champignon impossible à déceler 3 semaines avant les dégâts visibles.

Des maladies bien plus graves, voire fatales, peuvent être ramenées d’exposition, d’autant plus que les chats stressés ont les défenses immunitaires qui s’amenuisent ce qui favorise les contagions.

brouahaha et odeur...

Les cat shows ont lieu dans des halls d’exposition bien souvent. Ça se déroule tout un week-end pour permettre aux familles de venir admirer de nombreuses races. Dans les grandes villes, ces expos sont souvent couplées à des salons animaliers de vente de chiens et NAC.

Alors déjà, un chien quand il commence à gueuler, il ameute tous les autres qui répondent. Il suffit qu’une femelle soit en chaleurs pour exciter tout le parc. Donc imaginez tous ces aboiements permanents… Et l’odeur… mon dieu… Une merde de chat ça pue. Mais on nettoie la litière aussitôt. Les éleveurs de chiens viennent vendre leurs portées. Ils ne se contentent pas de juste venir faire voir Pépette. Non, ils sont là pour liquider leur stock de bidoche. Alors les chiots font à même le sol, sur des journaux ou de la sciure. C’est piétiné avant d’être ramassé, et ça laisse une odeur à vomir.

manque de respect des visiteurs

Ces manifestations attirent énormément de personnes. Les gens viennent en famille, pour montrer à leur mouflet que c’est « ‘achement beau un korat » (non je plaisante, il s’en fichent royalement, un korat est un chartreux, point barre). On voit que le chat est planqué parce qu’il est méga stressé, mais non, on essaye de passer un doigt à travers la cage, on tape dessus pour le faire réagir. 

Toujours avec Chalerwan, j’ai dû scotcher une feuille sur sa cage indiquant « je suis stressée, c’est ma première expo, merci de ne pas essayer de me toucher« . Et bien je vous le donne en 1000 : je me suis faite engueuler parce qu’un abruti a quand même enfilé sa main entre les barreaux et s’est fait mordre. Bon sang ! Les gens sont sans gêne, et n’ont aucun respect pour l’animal !

course aux titres et dessous de table

Vous savez combien coûte un week-end d’exposition pour 1 seul chat ? C’est en moyenne 50 à 70 € l’inscription. Mais c’est sans compter le coût du trajet, l’hôtel et la restauration. Parce que si on veut faire les choses bien, il faut aller loin, très loin pour avoir des titres étrangers qui aient un minimum de valeur. Et puis Pour couronner le tout, après avoir obtenu les points (3 points = 1 titre, et on ne peut avoir qu’1 point par jour, donc au moins 2 expos pour avoir 1 titre), il faut payer pour les valider, entre 10 et 15 € à chaque fois. Tout ça pour quoi ? Pour cumuler des titres. Et à quoi servent ces titres ? A se faire mousser. C’est tout !

Mais le pire dans tout ça, c’est qu’éleveurs et juges (qui sont aussi éleveurs) sont de mèche. Mais ça, quand on débute, on ne le sait pas. Et au fil des expos on se rend vite compte que c’est pas normal que Madame Michu remporte toujours les titres avec ses chats qui sont vraiment, vraiment pas terribles. Mais Madame Michu elle a 40 ans d’élevage derrière elle, elle est connue, et s’y connaît ! Elle est une référence, donc faut pas la froisser. Et puis elle est sympa avec les juges qui ont acheté des chats chez elle. Ils font de bonnes bouffes ensemble (et ne se cachent même pas durant les repas aux expos !) Donc c’est pas dans leur intérêt de ne pas donner de titres puisque ça voudrait dire que ces juges n’ont pas acheté de bonnes lignées. Enfin bref, vous voyez où je veux en venir…

des juges qui ne connaissent rien aux races

Les juges suivent un cursus en fonction du type de chat choisi (persan, poil long, mi-long ou court). Parmi ces catégories, ils travaillent celles qui sont le plus représentées en expos (persan, maine coon, chartreux, bengal, british…).

Et le korat dans tout ça ? Ben le korat, on connait pas ! Enfin un peu. On sait que c’est bleu avec la tête en forme de coeur, et que ça n’a pas de sous-poils (pour l’anecdote, un vieux juge avec 60 ans de carrière avait osé me dire qu’Elizir n’avait pas assez de sous-poils. Et j’ai payé 70 € pour entendre ces conneries !!!). Les juges ne se remettent pas en question. Ils préfèrent bafouiller des âneries plutôt que d’ouvrir leur standard.

Et quand bien même, pour moi le korat n’a pas de standard sauf celui qu’en ont fait les éleveurs européens en lui forgeant un physique loin du korat thaïlandais originel. Le korat est une race NATURELLE. En Europe on fait de l’eugénisme en travaillant la consanguinité pour fixer un type avec un corps plus court, une tête plus ronde. On voit ce que ça a donné avec le persan (celui d’une amie a aspiré de l’eau en buvant dans sa gamelle et s’est noyé). Le LOOF a même autorisé le mariage avec le chartreux il y a quelques années ! C’est tout ce que je vomis dans le monde de l’élevage. Les éleveurs s’adaptent à la demande et aux goûts des clients plutôt que de préserver les races.

des copinades par devant, mais par derrière...

Au début je pensais avoir fait de chouettes rencontres. Je n’ai pas fait 50 expos, mais j’aimais retrouver toujours les mêmes personnes de qui j’apprenais beaucoup de choses, avec qui j’avais une passion en commun. Et puis je me suis assez vite rendue compte que ces personnes avaient 2 facettes : la sympatique lèche-cul pendant le week-end, et la faux-cul tout le reste du temps, à balancer sur telle et telle personne, sa façon d’élever, son choix des reproducteurs, et patati et patata. Heureusement je n’avais pas de « concurrent » donc les gens ne trouvaient pas tellement à redire sur le korat, mais quand même un peu. En cherchant bien on trouve toujours une critique à faire 🙂

J’ai assez rapidement abandonné les expositions félines pour toutes ces raisons, parce que c’est du stress et un risque de maladie pour mes chats, parce qu’on y fait que des mauvaises rencontres, que les résultats sont connus avant même que le concours n’ait commencé. Alors payer si cher pour tout ça, non merci. L’élevage est une passion onéreuse, et je préfère investir dans de la bonne nourriture et des arbres à chat plutôt que de parader pour la gloire.

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